[J557 APA, J481 ASA]
À dix, vous passerez cette porte. Une porte lumineuse.
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Une fois entré, vous y visualiserez votre état actuel.
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Cette hypertension.
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Votre cœur, vos artères,
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Réaliste
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Ou non
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Une voix, hurle. À l’aide. Un cri déchirant. Une puissance de fins de force. Une voix à bout.
À l’aide !
Il fait sombre. Un dédale.
Toujours ces cris. Cet appel désespéré. Un cri de noyé.
À l’aide !
Toujours plus loin. Plus sombre. La voix de fait de plus en plus proche alors qu’elle s’essouffle.
À l’aide !
Enfin, une pièce. Un trou noir, glacé, entouré d’une minuscule bordure. De quoi tenir à peine sans tomber.
À l’aide !
Elle est là, la chose plaintive. Dans le liquide sombre qui emplit ce trou. Son corps blanc, luminescent, transparaît dans l’écume.
À l’aide !
Elle tend un bras désespéré. Je l’attrape, la tire à moi. Sur ce rebord ridicule.
Imaginez maintenant comment vous voudriez que votre corps soit.
Je la prends dans mes bras. Son corps lisse et blanc. Si impersonnel et pourtant je la reconnais. Ma vieille amie. Mon angoisse. Je la sers.
Je suis là. N’ai plus peur.
Je sens son corps saccadé de cette peur de noyé. Épuisé par cette nage frénétique pour ne pas couler.
Je suis là. Repose toi sur moi. Je suis là maintenant.
La respiration saccadée s’apaise. Son corps se fait plus lourd contre le mien.
Je suis là. Je ne te laisserais pas te noyer.
Encore un peu plus de poids.
Je suis là. Si il faut vomir tout ce que l’avale pour te calmer. Prendre des médicaments. Venir dans cette grotte chaque soir, te sortir de ce trou, je le ferais.
Tu as peur. Tu ne peux te reposer. Coincée que tu es au bord de ce trou. Sur ce rebord infâme. Chaque faux pas, chaque faiblesse, impitoyablement te fais tomber dans cet abime. Et usée comme tu es tu ne peux plus remonter.
Ma douce, ma belle angoisse. On me dit que tu partiras. Que tu t’évanouiras. Que le temps t’effacera.
Nous savons toi et moi que c’est faux. Qu’après ce que nous avons vus, qu’après ce qu’ils nous ont fait, qu’après tu ne pourras pas partir. Que nous sommes toi et moi liées jusqu’à la mort. Et que tu ne t’éteindras qu’en même temps que moi.
Ils ont ouvert ce trou infâme en nous. Et tu es condamnée à tourner autour jour après jour, nuit après nuit.
Mais ma belle, ma douce condamnée, tu n’es pas seule. Je suis là. Je prendrai le temps de descendre au bord de ce trou autant qu’il le faudra. Je viendrai t’en sortir. T’apprendrais que nous devenons plus fortes. Que nous tombons certes, mais que nous savons ressortir. De plus en plus vite. De plus en plus efficacement. Alors ma belle angoissée, tu auras moins peur de la morsure du froid de l’abîme. Je t’apprendrai à attendre. À faire la planche sur l’abîme sans craindre sa profondeur. Je t’apprendrai à me refaire confiance. Cela ne sera que transitoire.
Tu as souvent bu la tasse. Tu t’en enfoncée dans cette noirceur. Mais plus jamais je ne t’ignorerai.
S’il faut venir tous les jours t’en sortir, je serai là. S’il faut élargir ce bord ridicule à à main nue quitte à m’arracher les ongles, je le ferai.
Je serai là.