Ne reste que l’attente

[J711 APA, J635 ASA]

Le goudron est de retour, le froid, le vide, l’horreur. Englobant tout, asphyxiant tout. Les poumons remplis de sa noirceur glaciale et visqueuse.

Si avant l’épreuve, il y avait de l’angoisse au moins restait le combat à venir. Se préparer. Se persuader qu’on arrivera à se battre encore et encore.

Si pendant l’épreuve, il y avait le dégoût, une nausée au bord des lèvres et des larmes au bord des yeux, l’horreur de revivre les faits, d’entendre la défense vous remettre sur le banc des accusés, au moins, il y avait le combat. Rester digne. Réfléchir. Déjouer les questions pièges. Être précise, honnête, droite.

Mais maintenant ? Maintenant, j’attends. J’attends pour savoir si c’est la fin du combat, si j’ai vraiment gagné ou si je vais devoir reprendre les armes. Encore. 10 jours. Le délai pour faire appel. 10 jours. Une éternité. Chaque minute m’ensevelit un peu plus. Je m’enfonce dans ce goudron. Je suis à bout de force. Deux ans, deux ans que je me bats, contre lui, contre son avocat, contre le système, contre les autres, contre tous les démons qu’il a fait entrer en moi cette nuit là. Deux ans.

10 jours, 10 jours où il ne me reste rien.

Alors je sers mon jugement contre moi et relis ces mots : coupable, contrainte, prison ferme. Coupable, contrainte, prison ferme.

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