[J3]
Arrivée dans ce commissariat.
Tu peux le faire. Tu l’as repoussé lui, tu peux faire ça.
Celui de mon quartier était fermé pour travaux. Descendue en ville. Tourné à pied pour trouver. Plus de batterie.
Tu peux le faire. Respire.
Ce matin, je n’ai pas voulu abdiquer. Je ne suis pas une victime. Je mettrais une jupe. Pour leur prouver. Je ne suis pas une victime.
Le commissariat est devant moi. Deux boutons pour sonner. Un de trop. Blocage. Une fois dedans, trois guichets, barrières à des bureaux lointains. Personne au guichet. Deux de trop. Je fige.
Tu peux le faire.
– C’est pour quoi ? me demande-t-on sans lever les yeux d’un écran.
Elle est à 2 mètres de moi. Ils sont beaucoup. Je suis seule.
– Déposer une main courante.
– Quoi ?
Ben non c’est pas assez fort pétasse mais tu es trop loin. Et tu comprends rien toi. Tu y comprends rien à chacun de ces mots qui m’écorchent la gorge. Essaye-toi de parler en crachant du verre.
-Je me suis fait agresser.
– Quand ?
– Vendredi.
– Vous êtes blessée, vous avez des marques ?
– Non.
Toujours ces 2 mètres et tous ces autres gens qui nous séparent.
– Mais alors, qu’est-ce que vous voulez bien qu’on y fasse ? Fallait venir vendredi.
Elle ne lève pas les yeux de son écran.
Tu peux le faire. Il ne t’a pas arrêté, elle ne t’arrêtera pas.
– Je veux déposer une main courante.
– Pourquoi ?
– Tentative de viol.
Elle se lève. Me regarde pour la première fois
Voilà donc la locution magique qui ouvre des portes. TENTATIVE DE VIOL.