Lettre à M.

[J61]

Je me souviens ces temps bénis où je posais ma main sur ton dos et que ce contact seul permettait de m’endormir. Que ce contact seul rendait ton existence concrète et que de te croire heureux à ce moment là suffisait à m’apporter la paix nécessaire pour dormir.

Je me souviens comme ton bonheur me suffisait. Je me souviens la joie intense que me procurait ton rire. Te faire rire était la plus grande de mes joies. J’entends encore parfois ton rire même s’il devient chaque jour moins distinct, chaque jour plus lointain.

Je me souviens ce que cela faisait d’être deux. De savoir que quelqu’un s’inquiète pour vous et que vous vous inquiétez pour quelqu’un. De se sentir entier parce qu’on est plusieurs. D’avoir cette sensation que notre bonheur ne dépend plus de nous et qu’à défaut de savoir se rendre heureux, savoir rendre heureux l’autre nous suffisait.

Je me souviens et je m’enfuis dans ces souvenirs car eux seuls arrivent encore à m’apaiser. Un peu.

Toi dont le contact aurait pu m’apaiser. Toi dans les bras où j’aurais pu me laisser aller. Je ne demandais rien d’autre. Toi qui a su me prendre dans les bras des heures durant le mois suivant le jour où tu m’as dit, je ne suis pas heureux, annonçant ainsi la mort de tout le bonheur que l’on avait construit. Toi qui a accepté, des mois après de me parler longuement, de me rassurer. Oui, j’étais quelqu’un de bien. Oui, je suis quelqu’un qu’on peut aimer. Toi qui a su prendre le temps pour ces choses qui me semblent maintenant si normalement douloureuses face à l’indicible douleur qui me remplit maintenant.

Je t’ai appelé pour te raconter l’horreur quelques jours après son apparition. Tu n’es pas venu. Tu as écouté. Répondu. Mais tu n’es pas venu.

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