[199 J APA, 123 J ASA]
Plus les jours passent et plus j’ai l’impression que l’infection gagne du terrain. Un à un, les bastions que je tenais encore lâchent. C’est trop coûteux, trop épuisant de les tenir. Je n’y arrive plus. Pourtant la maxime populaire voudrait que les choses aient mieux avec le temps. Sauf qu’avec le temps, chez moi, cela empire.
Je m’étais promis que cela ne changerait pas complètement ma garde-robe. J’ai acheté pour ça, trichant un peu, des robes jolies juste un peu plus couvrantes qu’avant, juste un peu. Histoire de rester féminine. De ne pas leur laisser me prendre encore ça.
Mais aujourd’hui, je n’y arrive plus. Je transgresse la règle que je m’étais fixée. Je porte le même pantalon pas moulant, surtout pas, alternant entre deux de mes T-shirts de sport. Cela peut paraître futile, superficiel, l’habillement, un détail technique. Après tout, c’est pas comme si tu portais des robes tous les jours. Oui, c’est sûr. Et puis, ce nouveau style me va peut-être à ravir, d’ailleurs beaucoup de femmes s’habillent comme ça et elles se portent bien. Oui, bien sûr. Et la féminité, ce n’est pas mettre des robes décolletées, c’est quoi cet archaïsme. Et qui a dit que l’on devait être féminine ?
Évidemment, mais aujourd’hui je ne peux plus mettre de robes et c’est là toute la différence, dans ce petit mot de quatre lettre. Aujourd’hui, je ne PEUX plus mettre de robes.
J’ai déjà du oublier une large partie de ma garde-robe. Ridicule, grossière, vulgaire. A sa vue, plus aucun qualificatif positif ne résonne à mes yeux. Trop de peau, trop serré, trop grosse, trop provocante, trop moche, trop quoi, trop moi.
J’essaie pourtant de mettre d’autres choses, parfois même, j’y arrive. Mais je me sens ridicule devant la glace. Ri-di-cu-le, ma fille, siffle mon reflet. Une allure grotesque, une chose énorme et difforme qui essaie de se prendre pour quelqu’un de désirable. Ri-di-cu-le, cache cela, un peu de dignité voyons, cache tout ça, …
Cache toi.