Combinaison en laine de verre

[J448 APA, J372 ASA]

Avant, je luttais. Je luttais pour enlever cette nouvelle peau qui collait à mon âme. Je luttais pour en sortir. Elle était trop petite, trop étriquée. Des efforts en plus et des libertés en moins voilà ce qu’était cette nouvelle peau qu’ils m’avaient forcé à porter depuis ces nuits-là. Une peau de peur. Une peau vigilante, hypervigilante qui oppresse, réduit, confine, peut importe la liberté tant qu’on a la sécurité. Une peau UDC quoi. Une peau sécuritaire, totalitaire, intransigeante.

Alors j’ai lutté. Mais plus je luttais et plus la peau s’accrochait. Logique. Les mécanismes de protection, s’ils son bien faits, ont comme premier principe de ne pas se laisser désactiver. Ils défendent leur existence avant que la nôtre puisque la seconde dépend de la première. Et comme mon cerveau est bien fait, plus je luttais, plus elle s’enracinait. Et plus la douleur, les blessures et la fatigue d’essayer de se débarrasser de ce carcan augmentaient.

Puis, j’ai abandonné. Signé le processus de paix. La peau est là, elle y reste. Délaissé les champs de bataille. Je n’expulserai pas la nouvelle venue. Elle et moi allons devoir vivre ensemble. Former un gouvernement. Lâcher les armes et commencer la politique. D’un ennemi elle est devenue un parti d’opposition puissant. Un lobby sécuritaire qu’il vaut mieux laisser s’exprimer sans quoi il prend les armes.

Alors moi et ma peau on vit maintenant dans le consensus à défaut de la joie. J’ai cédé sur certains termes du contrat. Plus de vie intime, d’accord. Ne plus se forcer à regarder les gens dans les yeux, accordé. Ne plus fréquenter de grands groupes, très bien. Ne plus me mettre dans des situations où je pourrais me retrouver sans force, pourquoi pas, les randonnées, le paddle, c’est fini. Et surtout ne rien faire pour la faire partir. En échange, elle s’est engagée à stopper les attaques de panique et la dépression. De la peur et de la tristesse, oui, puisqu’elle n’est que ça mais plus de pétage de câble intempestif. Et aussi, en échange elle assure la sécurité. A ses conditions.

Mais elle me gratte. Tout le temps. Des fois plus fort, des fois moins. Elle rend tout désagréable. Tout, tout le temps. Elle m’use. Vivre avec elle, s’est porté une chape de plomb en permanence.

Beaucoup disent qu’il faut accepter pour avancer. J’ai horreur de ce terme, surtout quand il est accolé au terme de victime. Ce ne sont pas ces nuits qui me hantent, c’est cette peau. C’est ce général bourré d’acides qui menace de déclencher une guerre atomique à chaque petite vieille qui me bouscule en faisant ses courses. Celui qui, fait de la propagande anti-sexe dans ma tête. C’est lui qui me bouffe à longueur de journée. Celui que j’ai du accepté uniquement parce que je n’avais pas le choix.

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