Avec un peu de chance, une voiture me tuera sur le coup

[478 J APA, 402 J ASA]

Demain. C’est demain. Je savais que c’était peut-être cette semaine. J’espérais que non tout en sachant que cette semaine au moins, je n’avais rien d’autre. Depuis, je traverse les yeux fermés. Avec un peu de chance, une voiture me tuera sur le coup.

On m’a appelé ce matin. Demain 17:00. La clinique appellera pour le rendez-vous avec l’anesthésiste. La clinique a appelé. A 14:00 pour mon rendez-vous de 13:30.

Demain, on me viole. Médicalement. Mais demain on me viole. Je me rappelle mon médecin me dire que ce n’est pas pareil puisque j’ai le choix. A-t-on vraiment le choix quand on nous ne le propose pas ? On m’a dit il faut opérer. Je me rappelle aussi. C’était un jeudi. 15:30. Au bord de la route. Il faut vous violer. Dans le mois. Prenez rendez-vous que je vous raconte tout en détail.

Est-ce qu’on a le choix quand on nous dit que c’est ça ou un cancer ? Se faire violer médicalement ou mourir. Si je dois mourir autant que ça soit de mon fait, je lutte tellement tous les jours, comme une vieille envie de cigarette qui ne part pas. Qu’on me laisse au moins cet achèvement. Violer c’est fort, je sais, c’est heurtant. Désolée. Mais je m’étais promis que plus jamais personne ne passerait par là. Et voilà qu’on me dit il faut. Qu’on ne me laisse pas le choix.

On a toujours le choix dit-on encore. C’est vrai. Mais difficile de lutter quand on est à bout et que votre conscience vous dit que de toute façon c’est la meilleure chose à faire. L’angoisse est en minorité.

Demain, je me fais violer médicalement. Je devrais m’être lavé les cheveux. Arrêter de boire et de manger. On décidera de ce que je porte. De l’heure à laquelle ça commence. De l’endroit. On décidera de tout.

Demain, je me fais violer. Alors en attendant, je traverse les yeux fermés. Avec un peu de chance, une voiture me tuera sur le coup.

 

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