Je ne finirai pas son travail

[J480 APA, J404 ASA]

Le froid de la lame du cutter contre la paume de ma main. Le sang qui coule des lignes parallèles apaise un peu la colère. La planter plus loin. La planter dans cet utérus, ces ovaires, tout, tout ce qui fait que mon corps est désirable. Tout ce qui fait qu’on pense qu’on peut y entrer comme on veut. Tout ce qui fait qu’on le veut lui, comme une entité à part entière, un objet social, public, et non moi. Tout ce qui fait qu’on nous dissocie.

Planter la lame dedans. Bien profond. Découper chaque morceaux. Enlever poitrine. Vagin. Ovaire. Utérus. On ne souhaitera plus rien y mettre. Rien y planter. Rien y faire grandir. Supprimer ce soi-disant privilège. Cet attirail reproducteur vulgaire. Fini la poitrine à sucer. Fini le garage à bite. Fini l’incubateur à bébé. Il ne restera plus que moi. Un extérieur lisse, comme un homme. Sans entrée, ou presque.

Enlever tout ce qui fait de moi un bien public. Plantez moi, frappez moi, cognez fort, comme sur un homme. Frappez, brisez les os, ouvrez la peau. Je pourrais rendre. On sera d’égal à égal. Poing contre poing. Corps contre corps. Pas une cible contre un javelot.

 

Mais me couper serait finir son travail. Et ça, non. Alors j’échange le froid de la lame contre la chaleur des poings. Je cogne, fort, ce corps qui ne s’est pas défendu, ce corps à cause de qui tout est arrivé. Il faut qu’il paie.

Laisser un commentaire