Ballon crevé

Je me sens comme une merde. Ce n’est pas original, même dans l’autodépréciation, je suis nulle. Nulle. Incapable. Inapte à la vie. J’arrive pas à garder ma maison propre alors me réintégrer dans la vie ? Je fais comment ?

Arrêt de travail durant deux mois, pose estivale. Rentrée particulière puisque mes heures d’enseignement ont largement maigri durant l’été. Recommence donc la chasse frénétique de l’emploi.

Mais je fais comment pour trouver un emploi ? Déjà que le monde de l’emploi et moi, généralement, on est pas sur la même longueur d’onde. Ses rapports de force, ses manigances, très peu pour moi. Et le chômage, encore pire. Bien sûr, c’est une problématique de pourrie gâtée, ailleurs pas de chômage, j’aurais pris n’importe quel job, juste pour vivre, et tant pis si le rapport de force est d’autant plus réel qu’il est physique, que je fasse un boulot horrible, avilissant, dangereux et usant. Mais toute pourrie gâtée que je suis j’arrive pas à relativiser.

Alors le chômage, où on vous demande d’être agressif, de garder le pouvoir sur les employeurs, où quelqu’un qui ne vous connait pas vous prend quand même un peu de haut parce que vous, vous n’avez pas de travail et que lui oui et que lui il sait ce qu’il faut faire. Trop honnête, trop transparente, qu’on m’a dit. Certes. Mais c’est pas en adoptant les armes d’en face, en cherchant le rapport de force que je trouverais un cadre de travail différent: tolérant et bienveillant.

Entretien d’embauche cet après-midi. J’arrive pas à me mobiliser. Je suis nulle. J’ai rien à leur donner. Je retrouve pas mon mojo. Cette capacité à avoir confiance coûte que coûte, à se dire qu’on gèrera quoiqu’il arrive. Cette énergie dans les tripes. Cette plénitude qui dit vas-y frappe, je m’en fous, j’encaisse. Partie. Quand elle a entendu l’autre enfoiré, elle a pris peur comme un chien un soir de feu d’artifices. Et elle me laisse, là, vide avec un trou dans le bide et je suis sensé aller tout défoncer, montrer le meilleur de moi-même, comme ça, comme un ballon crevé.

Je devrais rouler mais je peux pas. Je suis à plat. Comme une vieille croute de cuir informe.