Cette nuit-là

Les feuilles de lierres et leurs branches contre mes oreilles. La pierre du mur, dure dans mon dos. L’humidité. Et en face, une force brutale, irrationnelle.

L’attente est finie. L’heure est venue. Se battre ou céder. Ses mains maintiennent mes épaules. Sa tête s’approche. Non. Non. Non. Ma tête bloquée par le mur. Ses mains clouent mes épaules au sol, immobilisant mes bras contre mon corps. Cette force incroyable d’un calme implacable. Fatalité.

La repoussée quoiqu’il en coûte. Repousser la fatalité. S’extraire de l’étau. Réussir.

Être rattrapé par cette froideur. Mis à terre. Son poids sur le mien, tellement lourd. Son corps sur le mien. Tellement lourd. Mes muscles, tirant, se contractant, faisant tout pour réussir à sortir de là. Le bruit assourdissant de la lutte. Ses mains agrippant ma veste. Mes baskets dérapant sur le sol, tentant d’y prendre appui. Les respirations rapides, fortes, témoignant de l’effort mis en jeu. Ces respirations qui sont encore dans mes oreilles comme d’horribles acouphènes. Les bruits sourds d’une lutte de force sans coups où l’un maintient l’autre qui tente de s’échapper.

Et mon cerveau. Qui tourne, sans arrêt depuis sa première tentative d’étreinte. Qui passe en revue toutes les solutions. Qui cherche le panneau Exit désespéramment.

Ses mains sur mes poignets et mes poignets tentant de se libérer de ces entraves et tout faire pour que sa tête ne touche pas la mienne. Avoir conscience de mes muscles du dos et du cou, qui tirent pour mettre le plus de distance entre son corps et le mien.

Puis, mes mots déclarés d’un ton froid, de la sincérité des dialogues lorsque l’on a tombé le masque :

Tu vas y gagner quoi ? Tu vas te sentir mieux après ? Demain, tu crois que tu vas te sentir plus fort, plus beau, plus grand ?

Mon ton, mes mots, mes yeux dans les siens, quelque chose, l’a déstabilisé. Un imperceptible doute dans ses yeux, l’étreinte qui se relâche un peu. Assez pour que je le bascule, me retrouvant sur lui, une main sur sa gorge plaquant sa tête au sol, l’autre poing en l’air.

C’est ça que tu veux ? Jouer à qui est le plus fort ?

Du bluff. Je ne pourrais pas le frapper.

Non, non. Désolé.

Je le lâche. C’est fini. C’est bon. J’ai gagné.